( 4 août, 2008 )

Je révais d’un autre monde

De l’économiste philosophe A SMITH, les libéraux n’ont voulu retenir que la main invisible, laissant au marché « qui a toujours raison » l’ajustement des mécanismes économiques jouer sans interventions extérieures. Mais avant d’être économiste, A SMITH était philosophe. La morale ainsi que la raison auraient dû être des éléments d’inspiration pour établir les règles de gouvernances économiques internationales.

La position dominante du Nord

Les économies du Nord confrontées à la globalisation font face à une véritable situation de compétitivité. La question n’est pas nouvelle. Elle se posait déjà pour la France dans les années 60 après avoir cessé de recourir au protectionnisme économique. Pour l’industrie du textile par exemple, elle avait bénéficié des accords multifibres qui limitaient la quantité de produits importés des pays concurrents (les quotas). Les Etats unis ont connus une expérience difficile dans les années 90 sur le marché automobiles, suite à la concurrence des voitures japonaises. La nouvelle organisation du travail des entreprises du Pays du Pacifique était plus performante que le modèle taylorien de production. Mais aussi parce le pays du soleil levant avait introduit les technologies comme avantage comparatif nouveau.

La confrontation commerciale internationale, s’organisant à travers les rounds des Pays membres de l’OMC (organisation mondiale du commerce), trouve un espace de négociations multilatérales. Toutes les entraves au libre échange (Dumping, Barrières tarifaires) sont dès lors exclues des pratiques économiques.La croissance se nourrit de l’échange, et la réflexion économique le résultat d’un arbitrage avantage-coût : Faire ou faire faire ? Refuser l’échange parce qu’il détruit de l’emploi, ou l’accepter parce qu’il améliore le bien être global ?Pourquoi produire un bien si l’acquérir à l’extérieur nous permet de réduire les ressources rares plus utiles dans la production d’un bien différent moins couteux ?

Dans la situation nouvelle de confrontation et de perception de menaces, de nouvelles mesures apparaissent !

Barrières non tarifaires, impositions des taxes d’échelles aux pays en voie de développement et subventions des produits sont quelques unes des mesures du protectionnisme nouveau.

Les britanniques et les Français s’opposent concernant la PAC et les budgets qui lui sont alloués. Trop lourds selon les premiers mais vitales pour les second. Au nom du principe économique, les activités trop gourmandes en ressources doivent disparaître et laisser la place à celles qui le sont moins. Au delà du seul calcul économique « classique » les questions d’ordre éthiques et écologiques doivent aussi prendre leur place. L’ajustement au nouveau paradigme qui s’impose alors ne se fait pas sans douleur : Crise économique, chômage, insécurité, déficit publique. Dans ces échecs du marché, l’état trouve un espace pour son action. Si son intervention dans le champ économique se justifie, il peut introduire une distorsion des lois de la concurrence et maintenir sous perfusion des secteurs sans doute condamnés à disparaître.

Se revendiquant du libre jeu de la concurrence, le Nord impose au Sud le libéralisme et la rigueur, se permettant des politiques budgétaires généreuses et des barrières à l’entrée infranchissables. Les politiques agricoles communes européennes ou les subventions des états unis dans la production du coton, du maïs et de beaucoup d’autres biaisent les règles de concurrence. Les prix des produits n’étant plus le résultat de l’accumulation successive de coûts mais constituant des prix maintenus artificiellement bas défiant toutes concurrences.

Mais ce n’est pas tout. Le tableau se noircit encore davantage.Les productions à l’origine alimentaires s’orientent désormais vers les énergies vertes laissant des millions d’individus sur le carreau. Pour nous déplacer, nous chauffer, nous nourrir et assouvir notre soif d’un confort jamais satisfait, nous privons des millions d’individus d’un besoin vitale de nourriture. Principe d’utilité et individualisme gouvernent nos actes, ne pouvant échapper à la loi de la nature égoïste de l’individu.

La responsabilité du sud et le paradoxe de l’abondance

Le développement n’accompagne pas toujours la croissance. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la situation économique des pays en développement et particulièrement ceux dans lesquels la faim a été la principale cause d’émeutes récentes. Moyen orient, Afrique, Maghreb Asie. Tous, ont connu des taux de croissance économique suffisants pour allouer des ressources dans le développement sociale, politique et éducatif. Le Maroc persiste dans l’agriculture (principal facteur de croissance du PIB), dépendant d’une météo trop capricieuse. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Chine investissent des milliards de dollars au Nord afin de secourir des banques victimes de la crise des subprimes alors que les sommes seraient plus utiles à l’intérieur pour des hommes vivant avec moins de 2 dollars par jours ? Le choix israélien ou japonais dans le développement des nouvelles technologies n’aurait il pas été plus subtil ?

Transformer la croissance en développement c’est le choix de l’investissement dans l’éducation, dans la recherche d’un modèle de protection sociale, c’est l’ouverture du politique à des lois plus démocratiques, c’est enfin l’institution d’un état de droit. La confiance dans les rapports entre les hommes est dépassée par la domination des réalités matérialistes. Confucianisme ou morale islamique ne suffisent plus. Il reste à inventer un modèle propre à l’histoire, aux valeurs et aux cultures afin de conquérir l’indépendance économique. Les Pays en Voie de Développement sont condamnés à l’exploit, il leur faut gravir les marches du développement économique pour échapper à l’aléa et aux vœux exclusivement pieux. « Dieu ne change un peuple, que s’il veut bien changer par lui même ».Dans leur retard, les Pays du Sud bénéficient de toute l’histoire économique de l’occident. Ce qui peut paraître comme une faiblesse ne l’est sans doute pas.

 

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