( 17 avril, 2009 )

Egalité des chances contre inégalités sociales

Dans son discours du 24 Mars le président de la république évoquait le principe de la méritocratie, de la chance donnée à tous de réussir conséquence de l’effort déployé par chacun .Le défenseur de la performance, de la liberté d’entreprendre et de la réussite ignore les multiples mécanismes à l’œuvre qui font ou empêche la réussite. Des forces discrètes jouent de toutes leurs forces dans la sélection naturelle de la jungle sociale, dans la lutte de tous contre tous. La formule consacrée par Pierre Bourdieu cite le capital culturel, économique et social comme principaux facteurs de réussite lorsqu’ils sont réunis et souvent de l’échec puisque pour beaucoup ils sont bien sûr absents.

 

Dans l’ouvrage, de Bihr et pfefferkorn paru aux éditions repère, consacré aux systèmes des inégalités, l’inégalité sociale est ainsi définie :

 

« L’inégalité sociale est le résultat d’une répartition inégale, au sens mathématiques de l’expression, entre les membres d’une société, des ressources de cette dernière, distribution inégale due aux structures mêmes de cette société et faisant naître un sentiment, légitime ou non, d’injustice au sein de ses membres. »

 

Il y a donc inégalité lorsqu’ une personne reçoit ou possède une quantité de ressources supérieure à celle reçue ou détenue par une autre. L’inégalité sociale couvre un large spectre, puisqu’en effet dans toutes les ressources de la société nous pouvons distinguer une distribution inégale (De revenu, De patrimoine, du temps libre, de la culture, de la politique). Parler de système d’inégalités permet de dépasser les frontières qui existent entre ses différentes dimensions. L’approche systémique met au grand jour les rapports qui existent, renforcent et amplifient les multiples inégalités, le système de production, l’école….

 

Réussir dans la vie, et encore plus dans celle qui vient passera vraisemblablement pas la réussite scolaire. Le stress grandissant des parents, projetant leur angoisse sur leurs enfants illustre assez ce futur probable. Tous les enfants ne sont pas égaux devant l’école. Le QI, l’effort ne sont que quelques aspects explicatifs parmi tant d’autres. Le capital culturel, économique et sociale sont les constituants d’un succès presque assuré par celui qui les possède. L’enseignement en effet dispense un savoir abstrait qui le rend difficilement assimilable pour une certaine catégorie de la population, souvent issue de l’immigration, laquelle est confrontée au phénomène d’acculturation. La réussite scolaire et les moyens de l’atteindre diffèrent donc dans leur échelle et leur stock selon l’origine et l’héritage social que l’individu a pu acquérir. La culture de la réussite, les stratégies mis en place sont certainement plus présents dans l’esprit des familles ayant une expérience plus longue de la scolarité et de la façon dont elles l’ont vécue et donc l’appréhende.il y a manifestement une culture, une attitude différente pour les populations issues de l’immigration face à l’école, mais il en existe également une dans la société elle même, dans les différentes classes sociales qui la composent. Pour cette raison et beaucoup d’autres, les inégalités sociales ne sont ni infrasociale (un ordre lié à l’individu lui-même ou plutôt à son comportement, son effort, son attitude), ni suprasociale (un ordre au dessus de la société, cosmologique, biologique). La responsabilité individuelle dans l’échec ou de la réussite ne se justifie donc pas à la lumière de la critique présente, même si on peut lui accorder une certaine vérité. Le malheur de la cigale qui n’engage que sa responsabilité reste cependant à modérer au regard de la sociologie. La manière de voir le monde, la culture, les attitudes sont le produit de différents mécanismes de socialisation (Famille, travail, télévision, école, religion,…) auxquels il est difficile de se soustraire. Ces expériences produisent des murs qui nous enferment ou des fenêtres à travers lesquelles nous percevons le monde et tout ce qui le constitue, chacun à notre manière, chacun d’une position différente. Chacune des personne qui compose la nation se fait une certaine idée de la réussite sociale elle même.

La reproduction (tels pères tels fils) et les rigidités dans la mobilité sociale justifient la mécanique impitoyable, cette roue de l’infortune à laquelle il est difficile d’échapper.

 

L’égalité des chances n’est qu’une illusion, un mythe, un facteur de motivation, un opium pour le peuple qui jette toute ses forces dans la lutte de la vie, pour la vie en oubliant qui lui manque tous les éléments nécessaires à son ascension sociale.

 

Aucun cynisme ne peut justifier les inégalités sociales. Les seules inégalités qui puissent être acceptables seraient sans doutes celles permettant de rétablir un certain équilibre dans la répartition des ressources de la société afin de restaurer une idée de la République volontairement égalitariste. Il reste beaucoup à faire !

|