( 26 août, 2009 )

L’ILLUSION DE LIBERTE

En croyant choisir la personne avec la quelle nous faisons notre vie. En votant pour la femme ou l’homme politique, en organisant notre espace intérieur, ou en lisant notre  magasine ou notre livre, il semble s’exprimer une liberté de choix, de conscience et d’engagement. Mais cette liberté ne serait elle pas la conséquence d’inévitables forces qui nous échappent, nous gouvernent et  nous orientent malgré nous ?

 

L’individu est le produit de la société, de ses valeurs, de ses normes. Revendiquant avec force un individualisme l’homme, cet animal social,  ne peut s’empêcher d’être absorbé par les institutions qui ont déterminées son identité, ses croyances, sa façon d’appréhender le monde et  les perspectives de son existence même. La famille, l’école, le travail, la religion,  la télévision en particulier et les médias en générale ont façonné  la personnalité de l’individu  et continuent encore à agir sur lui. Le politique et l’économique usent de tous les artifices  pour convaincre l’électeur et le consommateur volatil, indécis et « libre ».Dans la théorie économique classique « l’homo oeconomicus »,  cet « homme arbitre » agit en toute rationalité, son projet étant de maximiser  ses profits et la fonction d’utilité du produit sa principale considération. En politique l’électeur opère de la même sorte. L’arbitrage entre les gains et les coûts pour diminuer les incertitudes se retrouve aussi comme élément exclusif du choix qu’il réalise.

 Les apports de Freud ont élargi le champ de réflexions des marchands de rêves et de valeurs ajoutées toujours plus grandes à des dimensions intérieures dépassant les frontières du conscient. L’offre est devenue créatrice de valeur. La simple fonction d’utilité ne suffit plus. Dans le produit, le consommateur y projette ses imaginations et ses croyances les plus inattendues. Comme le travail, la consommation structure l’identité sociale. A travers elle, nous achetons des positions sociales que  le monde nous  refuse. Tel que nous l’apercevons sur les écrans, dans la société. Le succès nous appartient aussi. Il est accessible en vitrine, ce n’est au fond qu’une question de pouvoir et d’achat. A travers lui, Il se manifeste la personne de qualité que nous projetons d’être, cet individu qui vient du plus profond de notre inconscient passant au révélateur de la caisse du magasin. Nous ne pouvons échapper aux champs des sirènes que les illusionnistes marchands nous chantent de jour comme de nuit. Dans le produit ou le service  le consommateur croit trouver le chemin des paradis artificiels, un bonheur accessible,  ignorant les forces invisibles qui le gouvernent malgré lui.

La consommation, ses mécanismes psychologiques, sociologiques comme conséquences de la fabrique institutionnelle nous dévoilent la source de nos actions. Les convictions religieuses n’échappent pas à l’analyse. Des forces invisibles, présentes opèrent de toutes leurs forces, subtilisant des actes que nous prétendons contrôler. Le temps nous plonge vers notre inexorable fin. Et dans La mort  qui scelle la conclusion de  notre histoire, se poursuivent des certitudes et des espoirs  dont l’issue se trouve dans l’immuable destin et les seuls mains de celui qui en est l’auteur. Le recul, l’analyse et la réflexion nous interrogent sur la motivation qui nous pousse dans ces directions inattendues, inespérées  parfois et regrettable la plus part du temps. Nous faisons de notre vie celle que l’on nous a transmise. Les forces sociales pèsent sur les représentations de la vie et de son terme ainsi que sur celles que nous nous faisons de nous même, des choses accessibles et celles qui ne le sont pas, du possible et de l’impossible. Les jardins accessibles et l’enfer des utopies.

L’amour ne résiste  pas non plus à la construction des attitudes et à l’attraction des rêves que les séries télévisées et la presse people opèrent sur nous. Les victimes des « love story»  se représentent  un idéal inaccessible, une création imaginaire de l’amour tel que l’on voudrait qu’il soit, tel qu’on nous le raconte et que nous aimerions tant qu’il se réalise. Nous attendons le prince charmant ou la femme fatale, dans l’espoir toujours lui, qu’ils nous arrachent de la  désespérance de notre vie solitaire. Dans la solitude nous nous réconfortons pourtant de l’absence d’une imaginaire mauvaise compagnie. Mieux vaut être seul.

Ainsi, l’homme est enfermé dans des pensées qui ne lui appartiennent plus totalement. Il est  piégé par des forces centrifuges dont il croit être le maitre, tant il est devenu l’esclave. La liberté est cloisonnée dans une aire qui dépasse mal l’horizon de nos cultures et de nos appréciations. Nous agissons  dans un champ aux limites qui sont les notre en prétendant les dépasser. La liberté n’est- elle pas comme tant d’autres mythes, une illusion nouvelle qui nous réconforte dans notre indépassable condition humaine ?

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