( 26 mai, 2011 )

LA DOMINATION CULTURELLE

Manuel Castells dit que pour comprendre la société il faut l’apprécier au regard du pouvoir qui est en jeu. Manifestement, si la coopération est au centre de l’organisation sociale, la société est également le lieu de compétition ou  le pouvoir constitue  l’élément principal de convoitise et de domination. Après tout, nul ne conteste la compétition que se livre les acteurs. Ce qui pose problème au fond,  ce sont  les dispositions et les ressources mobilisées par chacun des acteurs et de leur distribution inégale. La concurrence est un des fondements de l’organisation sociale, il serait naïf de le nier.  Si dans les théories économiques celle-ci est recherchée, elle n’en constitue pas moins une barrière qui limite la situation de monopole du leader sur un marché voulant évincer tous les autres rivaux. En biologie, la théorie de l’évolution des espèces est critiquée par les créationnistes, mais  il faut reconnaitre à Charles Darwin la découverte de la  lutte que se livre les espèces vivantes les unes aux  autres dans l’objectif de survie. Les  organismes vivants  qui s’adaptent le mieux à l’environnement acquièrent la plus grande espérance de vie.  L’espace vitale se rétrécie lorsque se multiplient les espèces vivantes qui le peuplent. Ainsi en est-il de même des individus dont l’horizon social et professionnel est d’autant plus limité que les individus et leurs compétences similaires se multiplient. Comment ignorer dans ce cas la situation de concurrence dans le partage des ressources d’une société ? La loi malthusienne à valu à l’économie le  terme de science obscure, l’emploi de l’épithète ne manque pas d’ajouter  les inquiétudes face aux projections démographiques, aux craintes écologiques et à la loi du plus fort.  La justice sociale n’a pas réalisé sa grande promesse, tout au plus l’a-t-elle fait  dans l’idée  de l’égalité des chances, la plus communément admise. C’est au fond la grande victoire du libéralisme qui  se concrétise dans la reconnaissance par  tous  du résultat rapporté au seul mérite et de l’effort .Cette idée domine  à l’école précisément, lieu que l’on pensait  être un monde parfait. Peut être est ce le cas jusqu’au Bac (général pour certains, professionnel pour le plus grand nombre) quand on y arrive, mais  après ? Dans la lutte et son issue heureuse ou malheureuse se concrétise le succès qui s’est déjà  réalisé ailleurs. Le capital culturel,  élément de pouvoir  qui constitue une des ressources,  est aussi l’élément faisant l’objet de transmission assurée par l’école, ou tout au moins en constituait-il l’un des fondements. Devant la crise de celle-ci et les critiques multipliées à son égard, il semblerait qu’elle fut un instrument au service de l’élite, les enseignants en ayant pris conscience n’y peuvent finalement que peu de chose à l’exception de quelques uns sans doutes. L’école ne mérite pas toutes  les critiques, la société en porte une part et   le pouvoir politique  qui l’organise, encore plus.

La vie n’est pas une légende ou le faible confronté  au puissant l’emporte contre toutes attentes.si cela se produit, il relève de l’exceptionnel. La vie dans son ensemble est véritablement plus injuste et le sont encore plus ceux qui ont  la charge de l’organiser. La réalité est à la limite fataliste pour le faible dépourvu des ressources nécessaires à sa promotion et sa réussite sociale. On croirait dépasser la misère matérielle et l’injustice décrite dans les misérables de Victor Hugo, mais c’est sans doutes pour y replonger sous d’autres formes, tant on observe cet écart des revenus (mais surtout des ressources culturelles) qui se multiplie entre une classe aisée  et une autre moins bien dotée en  ressources nécessaires. La critique  semblable se confirme lorsqu’on évoque ces travailleurs, que l’emploi insuffisant  n’arrive plus à sauver de la pauvreté et que la détresse noie. La fonction de redistribution et la réforme de la fiscalité qui la gouverne constituera-t-elle une renaissance pour  l’état providence ? C’est sur ce sujet qu’il aurait fallut que  le débat politique se concentre et non sur le thème de la laïcité avec tout ce qu’il suscite de stigmatisation et de conflits symboliques entre les nationaux et les immigrés qu’ils accueillent. Reformer ne suffit plus, réviser la fiscalité  restera insuffisante si celle-ci doit ajouter encore plus d’injustice. Que pensez en effet des propositions de TVA sociale, si ce n’est qu’elles pèseront davantage et inégalement sur les individus ?  La domination œuvre malheureusement jusque dans la prise en compte  de quelques  réalités sociales en évinçant toutes les autres du débat. Les plus utiles et les plus urgentes. La stigmatisation de l’immigré, nouveau programme politique révèle d’une certaine façon l’échec économique et social du pouvoir  et très probablement  le côté obscure qui est le sien.

Driss.B

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