• Accueil
  • > De la formation à l’emploi : Introduction
( 23 juillet, 2014 )

De la formation à l’emploi : Introduction

C’est dans les années qui succèdent  aux trente glorieuses qu’émerge, en France, la problématique d’un chômage « incompressible ». L’insertion professionnelle des individus deviendra de ce fait plus difficile dans le contexte de « crise » qui survient au lendemain des années 1970. Les politiques keynésiennes mises  en œuvre (basées sur les dépenses budgétaires pour soutenir la demande des biens et services afin de favoriser l’emploi) ne parviendront pas à contenir dans sa totalité la destruction d’emploi qui se produit après les deux chocs pétroliers. Les dépenses étatiques pour la « relance » seront par conséquent décrédibilisées et laisseront dominer le courant économique libéral.

Inspiré de l’école de Chicago[1], ce courant de pensée s’imposera d’abord aux Etats-Unis pour ensuite conquérir l’Europe.

Dans ce cadre de changement paradigmatique, les stratégies européennes pour l’emploi (SEE) se saisissent, à la fin du XXe siècle, du principe d’activation[2] dans les mesures de lutte contre le phénomène du chômage. C’est cette procédure d’activation, introduite sur le marché du travail en Europe et qui « s’impose » aux pays membres, que nous souhaitons discuter ici[J1] . Cette orientation politique pour l’emploi nous permet de soulever une problématique qui articule la formation des individus et la persistance du chômage (1). L’hypothèse formulée à ce sujet est développée autour des concepts de la formation des demandeurs d’emploi et de « l’insertion professionnelle » de ces derniers, inscrites toutes deux dans un contexte de transformation  dans l’organisation de la production économique (2).

La France, traversée par de tels changements,  est retenue afin de corroborer notre hypothèse (3). A travers l’action de formation préalable au recrutement (l’AFPR) précisément, dispositif caractéristique des politiques européennes « d’activation des dépenses et des individus »[3], nous montrons pourquoi une telle mesure ne parvient pas à garantir la transition de l’inactivité  à l’emploi des personnes qui en sont privées.


[1] Il s’agit du courant monétariste, initié par Milton Friedman, pour lequel il est question de lutter contre l’inflation des prix sur le marché des biens et services. Dans cette perspective, les dépenses Keynésiennes qui poursuivent le plein emploi sont considérées comme inflationnistes. Elles sont par conséquent rejetées. Plus généralement, le courant libéral analyse le sous emploi des facteurs de production comme le résultat de différentes rigidités des marchés  sur lesquels s’échangent les biens ou les services. Le marché de l’emploi, pris en exemple, est caractéristique de telles rigidités. A ce sujet différents freins sont avancés pour expliquer le chômage. Celui-ci serait le résultat d’une réglementation sur le temps du travail, la protection de l’emploi contre les licenciements, l’instauration de salaires minimums, ou la formation des candidats à l’emploi,…. Cet ensemble de facteurs empêcherait par conséquent d’assurer le plein emploi. Pour plus de détails voir Hoang-Ngoc Liêm, « Rigidités salariales et chômage les frontières classiques du programme néo- keynésien étaient-elles tracées ? », Cahiers d’économie Politique / Papers in Political Economy, 2005/1 n° 48, p. 161-185.

[2]Gautié Jérôme, Le chômage, Paris, La découverte, 2009, pp. 49-66.

[3] Pour une appréciation de l’activation des « individus » et des « dépenses », voir Gautié Jérôme, 2009, ibid., pp. 97-98 ; Erhel Christine, « Politiques de l’emploi : la tendance à l’activation donne-t-elle une place accrue à l’accompagnement ? », Informations sociales, 2012/1 n° 169, pp. 30-38. Il faut par ailleurs préciser que l’AFPR n’est caractéristique que d’un type d’activation. Nous présentons plus loin les différents types d’activation et celui dans lequel nous pouvons classer l’AFPR (cf.  p. 9 dans l’encadré 1 et en note de bas de page).  


Publié dans Non classé par
Poster un commentaire

Pas de commentaires à “ De la formation à l’emploi : Introduction ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|